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Samedi 5 novembre 2016 (10h-16h)
Mardi 7 février 2017 (15h-20h)

Les arbres qui peuplent nos rues manqueraient de diversité, ce qui pourrait fragiliser la verdure urbaine. Alain Paquette et Charles Nock, membres de la Chaire CRSNG Hydro-Québec sur la croissance de l’arbre, veulent quantifier la biodiversité urbaine et proposer des solutions pour l’enrichir.

La rue Ste-Catherine à Montréal est bordée d’arbres. Mais les passants remarquent rarement ces végétaux faméliques, au tronc  gros comme un manche à balai. Les connaisseurs reconnaîtront principalement deux espèces : l’érable de Norvège et le frêne de Pennsylvanie. Pourquoi seulement deux? C’est simple : les autres ne tiennent pas le coup dans le milieu hostile d’un centre-ville.

« D’abord, il y a peu d’espace pour les racines dans les fosses de terre, explique Alain Paquette, chercheur associé à la Chaire de recherche industrielle CRSNG-Hydro-Québec sur le contrôle de la croissance des arbres. Puis il y a la piètre qualité de l’air, la chaleur torride l’été et le manque d’eau. Et c’est sans compter les blessures infligées à leur écorce — l’hiver, par les charrues et l’été, par les cadenas des cyclistes. » Malgré leur résistance, ces braves feuillus ne survivent pas longtemps à un tel calvaire : « Leur espérance de vie est de trois ans sur cette grande artère», affirme Alain Paquette.

Paquette
Alain Paquette. Crédit photo: Denis Bernier

Le chercheur aimerait venir en aide à ces témoins silencieux de nos allées et venues. Une solution souvent évoquée parmi les spécialistes : accroître la variété d’essences dans la forêt urbaine, soit l’ensemble des arbres qui peuplent une ville. « On se doute bien que, plus on va vers le centre-ville, moins les espèces sont diversifiées, dit le chercheur. Mais nous, on veut  quantifier cette biodiversité, la mesurer scientifiquement. »

Et l’effet tonique de cette pluralité végétale pourrait être particulièrement utile dans le futur : « On croit que, plus une forêt est diversifiée, plus elle sera résiliente face aux changements globaux qui sont à nos portes », répond Alain Paquette. Tempêtes violentes, infestations d’insectes exotiques, chaleur, sécheresse, pollution : ces nombreux facteurs de stress finissent par venir à bout des ressources des arbres. La coexistence de plusieurs espèces pourrait donc offrir une complémentarité de défenses contre ces agressions. On se souvient de la maladie hollandaise de l’orme qui a tué 30,000 spécimens dans la métropole durant les années 60 et 70. Imaginons l’hécatombe que cette infestation aurait pu produire si nos espaces verts avaient été dominés par l’ormex

Mais attention : il ne suffit pas de diversifier les espèces pour vitaliser la forêt urbaine. La réalité est plus complexe. Selon les chercheurs, la différence doit surtout se situer sur le plan des traits fonctionnels des arbres – par exemple la capacité de pousser à l’ombre, de résister au vent ou de faire ses racines en surface. « Notre hypothèse, c’est que les espèces qui ont les mêmes forces ont peut-être aussi les mêmes faiblesses, dit Alain Paquette. Si c’est le cas, elles pourraient toutes être vulnérables face aux mêmes facteurs de stress. »

Dans le nord-est de l’Amérique, un grand nombre des arbres urbains proviennent des plaines inondables des grands cours d’eau.

Par exemple, l’érable argenté, le frêne de Pennsylvanie ou l’érable de Norvège. Charles Nock, chercheur postdoctoral responsable du projet, explique : « Ces espèces sont tolérantes au manque d’oxygène dans le sol. Pas étonnant : au bord des rivières, les terrains sont souvent submergés, donc peu oxygénés. » Ces cousins riverains se sont donc bien adaptés à la terre compactée des villes, mais sont-ils trop apparentés?

Charles Nock analyse présentement les bases de données horticoles d’une quinzaine de villes nord-américaines — excluant Montréal, qui n’a pas confirmé sa participation au projet. Il tente d’évaluer la diversité des traits fonctionnels de ces forêts citadines. « Par exemple, si la plupart des arbres ont une densité de bois faible, ça peut vouloir dire qu’il y aura beaucoup de branches cassées après une tempête de verglas. » Donc, que cette armée végétale est vulnérable!

Pour enrichir la flore urbaine, les chercheurs regardent, entre autres, du côté des arbres qui poussent librement dans les cours et ruelles; ces tenaces survivants du macadam. « À Montréal, l’Orme de Sibérie pousse dans les craques de trottoir, dit Alain Paquette. L’érable à Giguère, lui, peut croître de deux pieds et demi en un été. » Bientôt dans un parterre près de chez vous?

Et que dire de tous les mal-aimés des citadins, pourtant bien adaptés à la ville, mais un peu dérangeants : le marronnier et le cerisier, dont les fruits collants salissent les voitures; les érables argentés, les saules et les peupliers deltoïdes dont les longues racines font craquer trottoirs et tuyaux d’égout? Pour garantir la survie de leurs espaces verts, se pourrait-il que les habitants des villes, placés entre l’arbre et l’écorce, doivent un jour se résigner à leur faire une plus grande place?

Anne-Marie Simard, collaboration spéciale
UQAM, Sciences Express

 

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