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Le bulletin électronique de la Faculté des sciences de l'UQAM

Édition du 5 novembre 2007, volume 7, numéro 3

Étudier la personnalité... animale


Adrienne Boon, étudiante à la maîtrise en biologie à l'Université d'Alberta

L'écureuil est un animal territorial, ce qui en fait un très bon modèle d'étude en écologie comportementale. Une fois le territoire adopté, vous pouvez étudier toute une population en pleine nature. Lorsque vous retournez sur le terrain, vous retrouverez au même endroit 90 % de cette population.

Contrairement à l'écureuil, Adrienne Boon de l'Université d'Alberta bouge beaucoup ! Elle a dû s'expatrier au Québec, à l'UQAM, pour poursuivre ses études de maîtrise en biologie dans un domaine qui la passionne : le comportement animal. «Denis Réale était la seule personne au Canada qui travaillait sur la personnalité animale» raconte-t-elle avec le sourire. Avec Denis Réale, professeur au Département des sciences biologiques de l'UQAM et Stan Boutin, l'autre directeur qui supervise ses recherches à l'Université d'Alberta, Adrienne vient de publier un article sur le sujet dans Ecology Letters, une des revues les plus cotées dans le domaine. «Nous avons montré que les femelles écureuils roux d'Amérique du Nord avaient des différences de personnalité. Certaines sont plus agressives, d'autres sont plus actives ou exploratrices. Les femelles agressives sont généralement aussi plus actives et exploratrices» explique-t-elle.

Les chercheurs se sont intéressés à une population du Yukon de cet animal parce qu'ils avaient accès à une base de données sur celle-ci. S'échelonnant sur une vingtaine d'années, cette base de données s'intègre dans un projet de recherche à long terme sur le comportement animal avec des partenaires de l'Université d'Alberta (Stan Boutin), de la Michigan State University (A. McAdam) et de l'Université McGill (M. Humphries). «Il est important de faire référence à cette base de données à long terme afin de tester nos hypothèses et mettre les choses en contexte» ajoute Denis Réale.

Les chercheurs ont mesuré l'activité et l'exploration de leurs femelles écureuils, de même que leur agressivité, en les mettant individuellement dans une boîte. «On mesure d'abord l'activité et l'exploration en plaçant l’animal dans la boîte. Le miroir est caché. Pendant environ 5 minutes, on observe ses réactions» explique Denis Réale. «Puis on découvre le miroir et on observe les réactions de l’écureuil face au miroir pour encore 5 minutes. On mesure alors l’agressivité» poursuit-il. Les chercheurs ont noté que les femelles les plus actives cherchaient à explorer la boîte ; elles bougeaient beaucoup, se déplaçaient et sautaient. Les femelles agressives avaient tendance à attaquer leur image. Dans les deux cas, les chercheurs ont filmé les comportements des femelles afin d'en dégager une constance, ce qu'ils définissent comme un trait de leur personnalité. «Une femelle dite agressive voudra toujours attaquer son image. Inversement, une femelle non agressive ne l'attaquera pas» ajoute Adrienne.

Autre découverte digne de mention : l'agressivité de la mère affecte la croissance et la survie de ses jeunes. «Nous avons trouvé que les jeunes avaient une meilleure survie dans le nid lorsque leur mère était moins agressive. Par contre, une fois sortis du nid, après un mois, ceux dont les mères étaient plus agressives survivaient mieux» explique Adrienne. Les chercheurs ont aussi trouvé que dans un environnement où la nourriture est abondante - tel que déterminé par le nombre de cônes d'épinettes blanches sur leur territoire - les rejetons des mères plus actives prenaient plus de poids. Par contre, dans un contexte où la nourriture se faisait plus rare, les jeunes des mères moins actives prenaient plus de poids. «Les femelles les moins actives fournirait de meilleurs soins à leurs jeunes» explique Denis Réale.

Est-ce que les mères agressives seraient de moins «bonnes» mères ? «On peut supposer que ces mères créent des conditions de compétition entre les jeunes dans le nid. Ou encore qu'elles passent moins de temps avec eux ; qu'elles sont moins maternelles. Mais ce ne sont que des hypothèses qu'il faudrait tester» nuance Denis Réale. «On ne peut pas dire qu'il existe une bonne personnalité. Certains individus performent mieux que d'autres dans certains environnements» poursuit-t-il. Quoi qu'il en soit, plusieurs domaines de la personnalité animale demeurent encore inexplorés. Dans le cas des écureuils roux, comment se comportent les mâles ? Quelles sont leurs stratégies d'appariement ? Comment se dispersent les jeunes une fois sortis du nid ? Quelle est leur tendance à prendre des risques, à explorer de nouveaux territoires ? Voilà autant de questions qui ont émergé de ces nouveaux résultats de recherche.

Par Julie Martineau



Écureuil roux d'Amérique du Nord (photo : Chris Kolacz)

 
Jeune écureuil (photo : Adi Boon)

 
Test de miroir (photo : Denis Réale)

 

Test de miroir (photo : Denis Réale)


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UQAM - Université du Québec à Montréal  ›  Mise à jour : 5 novembre 2007