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La santé des Québécoises et des Québécois, liée pour longtemps au changement climatique

Par Paquito Bernard
22 avril 2020

On le sait depuis plus de 30 ans, les conséquences du changement climatique sont intimement liées à notre santé physique et mentale. Pourtant, les 10 pays les plus émetteurs de gaz à effet de serre (dont le Canada) continuent d’augmenter leurs émissions. Face à l’urgence climatique, nous devons minimalement diviser par quatre nos émissions pour limiter l’augmentation à deux degrés.

Dans le domaine de la santé, nous parlons aujourd’hui de « santé planétaire ». Plus l’accès à l’eau potable, à un air sain, à des milieux naturels protégés diminue, plus les risques pour notre santé sont élevés, voire irréversibles.

Le changement climatique touche notre santé via : les désastres naturels, les vagues de chaleur, les inondations, la qualité de l’eau détériorée, la qualité et quantité de la nourriture diminuée, l’apparition ou le développement de « nouvelles » pathologies. Or, les experts nous rappellent que ces phénomènes s’accentuent, deviennent plus fréquents et peuvent apparaître en même temps. Mais que se passe-t-il donc dans ce cas ? Les risques pour la santé sont décuplés et la vie des personnes déjà fragiles est menacée.

Les comités d’experts ajoutent aussi un autre risque majeur lié au changement climatique : les risques psychosociaux.

Les comités d’experts ajoutent aussi un autre risque majeur lié au changement climatique: les risques psychosociaux. En effet, les conséquences du changement climatique vont faire émerger des conflits sociaux, parfois violents notamment en lien avec les déplacements forcés de centaines de milliers de personnes. Par exemple, de nombreux deltas très peuplés sont amenés à disparaître progressivement avec la montée des eaux, les terres deviennent incultivables, les gens devront partir.

À la lecture de ces lignes, on pourrait imaginer que les conséquences pour la santé liées au changement climatique, sont pour les autres et dans longtemps.

Or, le Canada et le Québec vivent déjà les conséquences du changement climatique. Rappelons-nous les vagues de chaleur de 2018, 66 décès ont été attribués à cette vague dans la région de Montréal. La carte des décès nous rappelle le poids des inégalités sociales de santé, les quartiers plus défavorisés étant plus touchés. Les Montréalaises et les Montréalais aux prises avec un trouble mental sévère, une maladie chronique ou isolés socialement décédaient plus. On pourrait ajouter à cela d’autres exemples locaux. Ainsi, la précarité sanitaire des communautés autochtones canadiennes croît. La montée des eaux, les modifications des saisons entraînent, pour eux, une série de nouveaux problèmes de santé mentale ou de suffisance alimentaire.

Pour résumer, si nous continuons sur la voie actuelle à nourrir le changement climatique par nos émissions, notre utilisation des terres arables, l’accentuation de la pression sur la biodiversité, la santé des enfants qui naissent aujourd’hui est très compromise.

Quoi faire ? La manifestation pour le climat de septembre dernier, nous laisse penser que les Québécoises et Québécois ont pris conscience de l’urgence climatique. Cependant, nous ne savons pas si la population générale comprend le lien entre la non-réduction des gaz à effet de serre et les risques pour leur santé présente et future. En d’autres termes, avoir une alimentation riche en protéine animale, utiliser quotidiennement une voiture, ou voyager fréquemment en avion ont des conséquences néfastes (in)directes sur leur santé.

Les décideurs politiques semblent ne pas avoir pris conscience de l’urgence climatique actuelle et du péril pour notre santé physique et mentale. Ainsi, tergiverser sur la réduction drastique de l’usage de la voiture en ville, ne pas légiférer sur le développement de l’étalement urbain, freiner les projets de transport en commun dans une ville ou une région, favoriser le développement du transport aérien par l’accroissement d’aéroports, ne pas favoriser économiquement l’alimentation locale, accentuer la bétonisation d’espaces urbains, c’est nourrir le changement climatique et mettre à risque la santé des personnes fragiles d’aujourd’hui et des enfants de demain.


Paquito Bernard est professeur au Département des sciences de l’activité physique de l’UQAM et chercheur régulier au Centre de recherche de l’Institut Universitaire en Santé Mentale de Montréal. Ses recherches portent sur les liens entre l’activité physique et la santé mentale.

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