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Les appareils scientifiques, ça se recycle?

Par Jean-François Hélie
22 avril 2020

Spectromètres de masse à ratio isotopiques (IRMS) qui permet de mesurer les ratios d’isotopes stables du carbone, de l’hydrogène, de l’azote, de l’oxygène et du soufre dans presque n’importe quel matériel naturel ou artificiel. On utilise la composition isotopique des objets pour retracer leur origine ou bien les processus physique et chimiques qu’ils ont subis.

Oui! Les appareils scientifiques, ça se recycle, au même titre que vos appareils électroniques domestiques (les fameux « serpuariens » https://lesserpuariens.com/) ou bien la ferraille que vous allez porter à votre écocentre local.

Cependant, il faut savoir que ces instruments à la fine pointe de la technologie tels que spectromètres de masse ou microscopes à balayage électronique demandent beaucoup d’efforts à acquérir et sont souvent très coûteux (des centaines de milliers voire même plusieurs millions de dollars). En effet, les demandes de subventions qui permettent d’acquérir ces instruments peuvent prendre des mois à remplir… si vous trouvez que faire votre rapport d’impôt c’est long, imaginez prévoir une dépense de 3 millions de dollars! Ainsi, le personnel de soutien déploie beaucoup d’efforts pour les maintenir opérationnels le plus longtemps possible.

Les petits instruments courant comme les pH-mètres ou les balances qui ont une durée de vie plus courte sont recyclés avec les petits équipements électroniques. Mais tout comme une bonne voiture bien entretenue, les instruments scientifiques peuvent être utiles 10, 20 ou même 30 ans. Dans certains cas, l’instrument n’est tout simplement plus assez performant pour les besoins de la recherche.

Il y a 20 ans on pouvait analyser 15-20 échantillons par jour dans le laboratoire d’analyse des isotopes stables; aujourd’hui, ce sont 200 à 300 échantillons! L’instrument désuet, mais fonctionnel sera alors donné ou vendu pour être utilisé à d’autres fins que la recherche; pour faire du suivi environnemental, par exemple, ou bien des analyses de routine dans une entreprise ou un OBNL. Dans d’autres cas, c’est le système d’acquisition des données qui est désuet. En effet, les logiciels d’acquisition de données des instruments sont créés sous différentes plateformes, mais sont souvent spécifiques à un système d’exploitation particulier (Win XP, par exemple). Aussi, l’ordinateur communique de différentes manières avec l’instrument, mais les ports de communication changent d’une technologie d’ordinateur à une autre (ports série, carte PCI, fibre optique, etc.). Ainsi, lorsque l’ordinateur lié à un instrument scientifique vieux de 10 ou 20 ans tombe en panne, il est souvent très difficile et coûteux de le remplacer.

Il arrive parfois que les pièces électroniques rares soient gardées et échangées avec d’autres laboratoires à travers le monde…

Lorsqu’un instrument scientifique n’est plus utilisable pour toutes ces raisons, il est démonté en ses différentes composantes et revalorisé ou recyclé. La revalorisation se fait surtout en utilisant les composantes récupérées communes à d’autres instruments du laboratoire, de la Faculté des sciences ou même d’autres universités. Dans le laboratoire d’analyse des isotopes stables, nous avions 6 spectromètres de masse à ratio isotopiques du même fabricant et de la même génération. Lorsque deux de ceux-ci ont rendu l’âme, nous avons conservé toutes les composantes qui pouvaient servir aux quatre instruments survivants. Il arrive parfois que les pièces électroniques rares soient gardées et échangées avec d’autres laboratoires à travers le monde, tout comme les pièces de voitures antiques. Les parties métalliques sont récupérées par un ferrailleur et les composantes électroniques sont récupérées par un service centralisé de l’UQAM. Ce service évalue ensuite ce qui peut être revalorisé (un ordinateur obsolète pour la recherche peut servir à quelqu’un d’autre) de ce qui peut être envoyé au recyclage électronique. Dans la majorité des cas, 100% de l’instrument scientifique peut être revalorisé ou recyclé.


Jean-François Hélie est professeur associé au Département des sciences de la Terre et de l’atmosphère de l’UQAM, et supervise le laboratoire de géochimie des isotopes stables légers du centre de recherche Geotop.

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La Faculté des sciences de l’UQAM regroupe plus de 200 professeur.e.s et une centaine de personnes chargées de cours qui proposent une formation scientifique axée sur l’excellence et la pratique, grâce à des cours en laboratoires, des excursions sur le terrain et une formule d’enseignement par petits groupes. Située dans le Complexe des sciences Pierre-Dansereau, en plein centre-ville de Montréal, la Faculté dispose d’infrastructures spécialisées nouvellement construites et d’équipements à la fine pointe de la technologie.

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