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Prendre soin de la Terre et de notre climat, c’est prendre soin de nous tous

Par Philippe Gachon
22 avril 2020

Image par Tumisu de Pixabay

En cette période de pandémie planétaire et de réduction momentanée des émissions de gaz à effet de serre (GES), due au ralentissement de l’activité économique en raison du confinement, force est de constater que notre planète Terre respire temporairement un peu mieux, la qualité de l’air et de l’eau bénéficiant d’une diminution des activités humaines alors que les animaux se réapproprient des milieux de vie laissés vacants par l’être humain. Cette réduction de notre empreinte écologique ne peut être que malheureusement temporaire, jusqu’à ce que nous retrouvions nos habitudes antérieures d’avant la pandémie. Mais est-ce inéluctable, soit un fait acquis de recommencer comme avant? Quelles leçons apprises pouvons-nous tirer de cette situation ?

Cette pause ou cette décroissance économique et le ralentissement de nos activités humaines ne constitueraient-ils pas là une opportunité pour repenser notre développement…

Alors que le monde entier se prépare au dé-confinement et à la reprise des activités économiques, n’y a-t-il pas là une occasion unique de revoir nos pratiques et de trouver des solutions sur le long terme, afin de réduire notre empreinte écologique et nos émissions de GES de façon durable? Cette pause ou cette décroissance économique et le ralentissement de nos activités humaines ne constitueraient-ils pas là une opportunité pour repenser notre développement, et enfin respecter collectivement les objectifs de réduction des émissions de GES que l’Accord de Paris a établi et que le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) réclame à grands cris? Nous sommes de plus en plus nombreux à y songer.

Une fois passée cette période de pandémie, le monde se réveillera avec un énorme mal de tête, soit un lendemain de veille désastreux, avec beaucoup de maux à panser ou de chocs post-traumatiques et de stress psychologiques à soigner, sans compter les décès malheureux qui affligent et affligeront bon nombre de populations sur Terre. L’urgence climatique, elle, sera toujours présente, avec son lot de conséquences reliées au réchauffement qui prend d’année en année une ampleur et une rapidité inégalées, c’est un fait n’en déplaise aux climatosceptiques. Rappelons ici quelques faits basés sur des données probantes (notamment les rapports récents du GIEC et de l’Organisation Météorologique Mondiale, pour ne citer que ceux-ci) :

  • Au cours des 800 000 dernières années (avant 1750), la concentration de CO2 atmosphérique n’a jamais dépassé les 300 ppm (partie par millions). Or, en seulement 170 ans (entre 1850 et 2019), cette concentration est passée de 270 ppm à plus de 410 ppm soit une augmentation de 52% environ. Cette augmentation aussi rapide n’a sans doute jamais été observée sur Terre (en tout cas pas depuis l’ère des dinosaures);
  • Dans le même temps, le climat de la Terre s’est réchauffé de plus de 1,1°C (en moyenne annuelle sur tout le globe), et le système climatique atteindra très bientôt un point de bascule (taux de réchauffement inégalée depuis la fin de la dernière glaciation il y a 20 000 ans);
  • Au cours des sept dernières décennies, le Canada a connu un réchauffement deux fois plus important que la tendance mondiale, et trois fois plus important dans le Nord (> 60°N);
  • L’accélération du cycle hydrologique planétaire associée à la hausse des températures accroît la probabilité d’occurrence et d’intensité des extrêmes hydrométéorologiques:
    • Les catastrophes causées par les aléas hydrométéorologiques et les dangers liés à l’eau sont en hausse dans le monde entier, durant cette phase de réchauffement qui s’accélère à l’échelle globale au cours des 4 dernières décennies;
    • Les risques les plus fréquents à l’échelle globale : Tempêtes et inondations représentaient 79 % du nombre total de catastrophes naturelles et ont causé 54 % des décès et 84 % des pertes économiques (à l’échelle globale). Au Canada, les inondations sont les risques naturels les plus fréquents et au Québec, ces événements affectent directement et indirectement 80 % des municipalités, y compris les communautés autochtones, et sont responsables des dommages les plus coûteux;
  • Le réchauffement au cours des prochaines décennies devrait dépasser les 1,5°C voire les 2°C, au fur et à mesure que l’on s’éloigne des objectifs de l’Accord de Paris, et que les GES continuent d’augmenter (comme avant la pandémie), alors que l’on devrait dès cette année commencer à stabiliser voire à diminuer nos émissions de GES;
  • Parmi les motifs de préoccupations majeures pour le Canada et le Québec :
    • Le Canada et le Québec subiront un des plus forts réchauffements du globe dans le futur, ce qui augmentera d’autant la probabilité d’occurrence voire l’intensité des aléas hydrométéorologiques comme les inondations, les incendies de forêt, l’alternance de sécheresses et de précipitations intenses;
    • Les zones côtières actuellement touchées par les inondations et l’érosion côtière continueront d’être affectées en raison de l’augmentation du niveau de la mer, même en l’absence de changements d’autres facteurs.

Face à cette situation et à ces motifs de préoccupations, il y a urgence d’agir afin de trouver collectivement des solutions viables et pérennes face aux risques climatiques dont les conséquences délétères pourraient s’accroître, notamment en raison des bouleversements majeurs du climat, à la fois irréversibles et de plus en plus rapides. Ceci c’est sans compter la croissance démographique qui exposera de plus en plus de personnes à ces bouleversements climatiques et environnementaux.

Dans le domaine de l’urgence climatique, la science peut également offrir plusieurs retombées cruciales

Comme vient sans conteste de le prouver la situation et l’urgence pandémique actuelle, le recours systématique à la recherche scientifique pour trouver les remèdes aux effets du COVID-19 et les moyens de le prévenir (ex. : vaccins) s’avère essentiel. Dans le domaine de l’urgence climatique, la science peut également offrir plusieurs retombées cruciales, notamment permettre d’établir un portrait objectif et un suivi de la situation, surtout afin de développer les stratégies d’adaptation et de résilience qui doivent impérativement reposer sur les connaissances scientifiques les plus à jour, et non pas sur des hypothèses. L’expertise intersectorielle et la connaissance des risques sont devenues de plus en plus essentielles, afin notamment de faciliter l’assistance à la planification, notamment avant et durant un événement majeur (que ce soit de nature climatique ou épidémiologique). La recherche universitaire peut également largement contribuer à la sensibilisation, la prévention et la préparation, aider à l’intervention et supporter le rétablissement (ex. : recouvrement et suivi psychosocial des personnes les plus vulnérables et des sinistrés).

En définitive, une évaluation continue des conséquences des aléas et des désastres d’origine climatique, et plus généralement naturelle, devrait nous permettre de bâtir ensemble, une société plus juste et équitable, plus solidaire et plus respectueuse de notre environnement dont nous dépendons toutes et tous. Aidons-nous collectivement à réduire notre empreinte écologique sur notre environnement, et prenez soin de la Terre et de notre climat, car ultimement c’est de prendre soin de nous tous qu’il s’agit !


Philippe Gachon est professeur au Département de Géographie de l’UQAM, directeur du Centre pour l’Étude et la Simulation du Climat à l’Échelle Régionale (ESCER) et directeur général du RIISQ (Réseau Inondations InterSectoriel du Québec).

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